Les rapports sino-soviétique ou sino-russe ont toujours été complexes et il est probable que cette situation persiste étant donné l'issue incertaine des phases de transition russe et chinoise.
Les deux gouvernements se sont lancés dans de nouvelles expériences politique,économiques et sociales, et même si si leurs relations sont donc encore mal définies, il est flagrant que Pékin et Moscou ont décidés d'ignorer certaines sources de conflit afin de favoriser le développement d'une nouvelle collabaration.
Nous verrons donc qu'il est dans l'interêt des deux pays de faire disparaitre cette reputation de "frères ennemis" fondée sur des années d'affrontements idéologiques et territoriaux.
UN PASSE LOURD EN TENSIONS ET CONFLITS
La rupture idéologiqueLe XXième congrés du PC soviétique a apposé sa signature en bas de l'acte de divorce, lorsque Khrouchtchev énonce les trois principes de la nouvelle politique soviétique, avec laquelle la Chine se trouve en total désaccord. Il s'agit, tout d'abord de la "coexistence pacifique" qui devient un principe essentiel de la politique extérieure soviétique alors que la Chine prône la guerre contre le capitalisme et l'impérialisme.
Il s'agit, ensuite, du passage au socialisme au communisme. Khrouchtchev reste persuadé que cette transition peut s'effectuer en douceur au sein même de la société, alors que Mao veut bouleverser les structures politiques et sociales pour arriver au communisme le plus vite possible.
Le dernier différend porte sur la stratégie mondiale à adopter pour implanter le communisme. Khrouchtchev se démarque clairement de son voisin chinois en annonçant les débuts de la déstalinisation et la condamnation du culte de la personnalité, culte dans lequel s'est enfermé le président Mao....
Cette rupture idéologique porte un coup définitif à la bonne marche des relations sino-soviétique et ce, pendant près d'un quart de siècle.
Le conflit frontalierD'autant plus que des traités concernant certaines parties de la frontière, avaient été signés entre Pékin et Moscou. Or, depuis l'éclatement de l'URSS, Pékin n'a plus un interlocuteur mais cinq pour régler le mëme problème et les gouvernements des ex-républiques soviétiques n'ont pas forcément des avis identiques sur ce sujet.
VERS UNE NOUVELLE COLLABORATION ?
Des rapports sino-russe en attente de définitionLe secrétaire général du PCC, Jiang Zemin, lui rendit la politesse en mai 1991 et confirma ainsi le rapprochement entre les deux Etats et la reprise du dialogue entre les deux partis communistes.
Malgré tous ces progrés, il n'existe pas encore de relations claires entre les deux voisins étant donné la précarité des pouvoirs de part et d'autre et les divergences à propos des orientations intérieures.
Du côté chinois, la chute de l'URSS en 1991 a relancé la lutte entre les "réformistes" et les "conservateurs". Pour ces derniers, l'anéantissement du pouvoir communiste en URSS est le résultat de la politique d'ouverture lancée par Gorbatchev. La Chine se doit donc de ne pas suivre la voie de la modernisation de son économie si elle ne veut pas subir le même sort.
Les "réformistes", dirigés par Deng Xiaoping, tirent une leçon différente de la disparition de l'URSS : c'est la faillite économique qui a perdu le régime communiste. La Chine doit donc lancer rapidement une politique de réforme économique. Le XIVième congrés du PCC d'octobre 1992 confirme la victoire des "réformistes".
Du côté de l'URSS, la situation n'est pas très claire non plus. Il est évident que la réussite exceptionnelle de l'économie chinoise attire les regards, et en particulier, ceux de plusieurs pays de l'ancienne URSS qui éspèrent trouver ainsi un modéle pour sortir de leur marasme économique.
En Russie, les partisans d'un resserement des liens avec la Chine sont nombreux. Ils s'opposent à la plupart des membres du gouvernement de Boris Eltsine et particulièrement à Kozyrev (ministre des Affaires Etrangères) plutôt considéré comme un pro-occidental.
Au milieu de toutes ces incertitudes, une chose est sûre: la Chine est un voisin à ménager, estimée comme une puissance montante trop longtemps negligée par le précédent régime. Elle devrait donc occuper une place de plus en plus grande dans le commerce extérieur russe, et la complémentarité des économies devrait favoriser un accroissement des échanges.
Un domaine d'application: l'armement
Pour les industriels de l'armement, le programme de modernisation de l'armée chinoise fait de Pékin un interlocuteur intéressé et un client inesperé. La Chine est un marché pour les équipements russes et devrait, ainsi, participer à la survie du complexe militaro-industriel.
Selon le ministère des Affaires Etrangères russe, la vente d'armements à la Chine fait partie des mesures destinées à renforcer la confiance entre les deux pays.
L'année 92 a été marquée par de nombreux échanges, de missions, visites, livraisons d'équipements et signatures de nouveaux accords. Une délégation pour l'achat d'équipements russes aurait été créée en mai 92 à Pékin, dotée d'un budget de deux milliards de dollars.
Il est prématuré d'y voir les signes précurseurs d'un rapprochement stratégique entre les deux pays, mais le renforcement de l'arsenal chinois par les russes provoque de nombreuses inquiétudes dans les pays d'Asie Orientale et aux Etats-Unis, notamment s'il se confirme que Pékin bénéficie de transferts technologiques dans le nucléaires et sur les missiles.
Pékin et Moscou sont à l'aube d'une nouvelle collaboration dont l'importance ne devra pas être négligée, même s'il reste de nombreuses entraves à son application.
A Moscou, on reconnait que la position chinoise n'a jamais été aussi bonne et que Pékin est devenu un décideur régional que l'on ne peut plus ignorer.
Pour sa part, la Chine s'efforce de déployer simultanément dans la région une politique de coopération économique, une modernisation de son système de défense et une diplomatie d'apaisement. Elle tente d'intégrer la Russie dans cette entreprise par le développement des échanges commerciaux mais aussi par une proposition d'alliance régionale.
Quelque soient les changements qui pourront intervenir entre Pékin et Moscou, il est certain que l'époque des "frères ennemis" est définitivement révolue. Chine et Russie ne peuvent plus s'ignorer et il est dans l'interêt des deux pays d'avancer main dans la main afin que la Russie puisse sortir de son marasme et que la Chine puisse asseoir son statut de puissance mondiale et régionale.
Mars 1993.

Bibliographie: