Typologie des Etats nucléaires

La politique de la RUSSIE en matière de nucléaire

A la base, la stratégie russe ne fait aucune distinction entre conventionnel et nucléaire, de même qu'elle écarte toute notion de dissuasion: on n'apprend pas comment éviter la guerre, on apprend comment la gagner. La haute hiérarchie militaire et les instances supérieures du Parti ont eu un rôle quasi-exclusif dans l'élaboration de la doctrine stratégique. Stratégie principalement determinée par sa géographie. En effet, sa position continentale et son éloignement des objectifs américains l'orientent vers le choix de la stratégie des fusées. La première bombe A explose en 1949, la première bombe H en 1953. Pourtant, Staline n'a pas vraiment mesuré la portée de l'arme nucléaire (une arme seulement plus perfectionnée et plus puissante que les autres) et maintient sa stratégie d'armée de masse.

La mort de Staline marque une césure dans la stratégie militaire soviétique. L'URSS se dégage du carcan qu'il avait imposé au pays et le nucléaire devient un instrument privilégié de sa stratégie. Mais l'arme nucléaire n'en devient pas un instrument de dissuasion pour autant, et reste un moyen de gagner la guerre en appui aux forces aéroterrestres sur le terrain.

Dans les années cinquante, l'URSS développe considérablement son arsenal nucléaire, et grâce aux missiles longue portée, met fin à l'invulnérabilité américaine. Elle accéde egalement à la Triade nucléaire par la mise en service de Sous-marins Lanceurs d'Engins (SNLE). Le 30 octobre 1951, le gouvernement autorise l'explosion, durant une scéance d'essai, de la bombe la plus puissante de toute l'Histoire: 58 mégatonnes.

En octobre 1964, Khrouchtchev est démis de ses fonctions. Le mécontentement des militaires sacrifiés au profit des missiles et des forces nucléaires contribue enormément à cette chute.

A la fin des années 70, la préeminence octroyée au nucléaire avec accession immédiate aux extrêmes est condamnée par les thèses du maréchal Ogarkov, chef de l'Etat-major de 1977 à 1984. Le concept de la dissuasion entre alors dans le champ de la réflexion stratégique soviétique, avec, par conséquent, la réintroduction de la guerre conventionnelle.

Financièrement épuisée par la course aux armements menée contre les Etats-unis, l'URSS s'est ecroulée et avec elle, ses prétentions de domination mondiale. La stratégie de la Russie, héritière du potentiel militaire de l'URSS, est maintenant basée sur la défensive (elle s'engage à ne jamais employer en premier ni la force militaire, ni les armes de destructions massive) et sur le concept de suffisance raisonnable . C'est-à-dire qu'elle maintient des forces conventionnelles suffisantes pour repousser une agression mais insuffisantes pour mener une attaque de grande ampleur. Ses forces nucléaires tendent vers un niveau minimal de parité avec les Etats-Unis.