La reprise des essais nucléaires a été décidée par Jacques Chirac, au lendemain de son éléction à la présidence de la République Française et ce, conformément à ce qu'il avait annoncé durant sa campagne éléctorale. Pour justifier son action, le nouveau président s'est basé sur un rapport constitué par des scientifiques spécialisés dans le nucléaire. Ces derniers affirment que huit essais sont indispensables pour pouvoir atteindre les techniques de simulation par laser. Le but affiché étant, à terme, d'obtenir un arrêt définitif des essais.
Les 240 essais effectués jusqu'à aujourd'hui (dont 86 durant les deux septennats de François Mitterrand) étaient nécessaires pour assumer les choix stratégiques de la France: en adoptant la stratégie dite du "faible au fort", la France a toujours privilégié la sophistication et la modernisation permanentes pour un nombre minimal d'armes. Alors que les Etats-Unis et l'URSS ont toujours tout misé sur la quantité de leurs armes, la France a préféré la qualité. Seuls les essais (et à terme la simulation) permettent d'obtenir cette qualité. Si la qualité n'est plus garantie, c'est la crédibilité de la défense française qui est en jeu[Commission de la Défense, Décembre 1993].
L'enjeu est de taille et l'on comprend que ce débat suscite tant de réactions extrêmes. Le premier faux pas fut effectué par Jacques Chirac lui-même et la désinvolture avec laquelle il a annoncé la reprise des essais. Ses opposants ne comprenent pas qu'un seul homme puisse prendre une telle décision sans qu'aucune concertation publique n'ait même été envisagée, posant ainsi le problème de la prise de décision au sein du "domaine reservé". En effet, par consentement tacite, le nucléaire a toujours été considéré comme top secret par la classe gouvernementale et n'a donc jamais fait l'objet de discussions publiques.
La Constitution ne contient pas explicitement de domaine réservé, mais, et c'est là toute l'ironie du système, seul le Président de la République peut donner l'ordre de la reprise des essais ou l'ordre de tir. Cette prérogative est enoncée dans le décret du 14 Janvier 1964, faisant écho à l'élargissement des pouvoirs du Président, après le referendum de 1962 et l'éléction au suffrage universel du général de Gaulle. Or, ce privilège accordé aux Présidents n'est pas le résultat d'un droit réellement établi mais d'une coutume constitutionnelle, donc d'un consensus juridique. Comme la coutume a force de droit à partir du moment où tous la reconnaissent comme telle (ce qui est le cas en France pour tout ce qui concerne le nucléaire), il est difficile de pouvoir agir à ce niveau. Il ne reste plus qu'à constater que les différents présidents ont effectivement transformé certains de leurs privilèges en droits.
A sa façon, François Mitterrand a également mis en avant cette privauté: en prenant la décision de manière unilatérale d'arrêter les essais et de décreter un moratoire, il a ignoré de la même facon l'opinion de la population . Son action aurait été beaucoup plus efficace s'il avait profité de cette occasion pour prendre le peuple à témoin de son geste,rendant ainsi toute démarche beaucoup plus difficile pour son successeur. Mais François Mitterrand a préferé déclarer "après moi, on ne le fera pas", ce qui s'apparente plus à un défi lancé à son successeur, qu'à une réelle volonté d'arrêter les essais. Opposés dans leurs options, les deux hommes sont semblables dans leur démarche. Pour aucun des deux la décision ne s'est accompagnée d'un effort pédagogique. [DUPUY, Libération, juillet 1995].
Le nouveau président a tout interêt à privilégier la transparence s'il ne veut pas faire face, dés la rentrée, à un mouvement anti-nucléaire français de masse qui ne ferait qu'entériner la mauvaise opinion de la population envers le nucléaire militaire. Or, la France ne posséde, pour le moment, aucune alternative à sa dissuasion nucléaire...