Observatoire Stratégique

LES PROBLEMES LIES A LA PROLIFERATION DES MINES ANTIPERSONNEL

Selon un rapport américain, cinq cents mille à un million de mines antipersonnel viennent s'ajouter chaque année aux cent millions d'unités déjà disséminées dans 62 pays. Ce que l'on nomme "l'arme du pauvre" pour son côté artisanal, économique et particulièrement efficace, connait donc une prolifération rapide et désordonnée, principalement dans les pays en voie de développement. Que ce soit dans le cadre de querelles internes ou internationales, ces mines permettent d'exercer une menace permanente dans le temps et l'espace" sur des régions stratégiques et de toucher aveuglément population civile et population militaire. Cette "meurtrière ingénuosité" a un coût, aussi bien financier que psychologique pour les populations concernées. Coût qu'elles doivent bien souvent assumer seules. En effet, l'aide internationale récemment mise en place, n'a pas encore vraiment les moyens juridiques et financiers de ses ambitions; De plus, elle doit faire place à une compétition technologique de plus en plus forte dans le conflit "minage/déminage".


UNE CRISE HUMAINE SUR TROIS NIVEAUX

Une population civile touchée aveuglément : hommes, femmes, enfants, vieillards, tous sont des victimes potentielles des mines, celles-ci étant souvent disséminées dans les terres cultivables, près de points d'eau ou de voies de communication.

Des Nations encore trop fragiles : la plupart des pays concernés sont en voie de développement et ont donc besoin de tout leur potentiel humain et géographique. Or, ils se retrouvent avec une population possédant un pourcentage énorme de mutilés. De plus, les mines se trouvant parfois sur des terres arables, c'est autant de place perdue pour la production, ce qui va jusqu'à la création de véritable No Man's Land. Ainsi, les efforts de reconstruction et de développement vont se retrouver entravés pour longtemps.

Un coût social dur à assumer : toutes les personnes blessées, amputées, mutilées devront être prises en charge par la communauté et être suivies tout au long de leur existence pour tout ce qui concerne les prothèses, les efforts de réinsertion, la formation professionnelle ou encore la lutte contre l'exclusion. Pour une société déjà exsangue, cette charge peut s'avérer trop lourde à assumer sans aide extérieure.


Malheureusement, cette aide n'est pas encore assez développée pour pouvoir contrôler toute prolifération de mines antipersonnel.


UNE LUTTE INTERNATIONALE ENCORE TRES LIMITEE

Des conventions inefficaces : il existe un protocole signé en 1980 sur "l'interdiction ou la limitation de l'emploi des mines, pièges et autres dispositifs". Quarante-et-un Etats l'ont ratifié mais les nombreuses lacunes qui le composent le rendent inefficace. En effet, il ne réglemente ni la production, ni le stockage, ni le transfert, ni l'exportation de ces mines. Autant dire qu'il ne réglemente rien du tout...

Entre humanisme et efficacité : au rang des producteurs de mines, on trouve la Chine,l'Italie, l'es-URSS, les Etats-Unis mais aussi la France et le Royaume-Uni, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui se battent contre les conséquences terribles de ces mines. Entre logique commerciale et principes humanitaires, la frontière n'est pas toujours aussi radicale qu'on pourrait le croire !

Vers une conscience approfondie? Un fonds d'affectation spéciale pour l'assistance en déminage a été créé le 30 novembre 1994 à l'initiative de Boutros-Ghali, fonds destinés à déminer tout territoire après conflit. De plus, les Etats-Unis ont prolongé leur moratoire sur l'exportation et le transfert des mines à l'étranger. Le Parlement européen a, lui aussi, incité ses Etats membres à suivre cet exemple.


Mais, le plus inquiétant est que ces mines rivalisent en ingénuosité et en capacité de destruction. C'est un véritable défi technologique auquel doivent faire face les organismes de déminage qui n'ont pas toujours les moyens ou les connaissances indispensables pour affronter ces armes destructrices.


UN DEFI TECHNOLOGIQUE CONSTANT

"Lutter contre les mines, c'est lutter contre l'ingénuosité de l'homme" : Il existe 340 types de mines antipersonnel, dont les modes de mise en oeuvre (posées, enfouies, dispersées) et les principes d'action et d'activation sont très diversifiés. Il existe même, de nos jours, des systèmes de minage à distance utilisant l'éléctronique et l'intelligence artificielle. Mais les Nations pauvres ne sont pas en reste: si leurs mines sont beaucoup plus rustiques, leur savoir-faire traditionnel leur permet "d'en diversifier les emplois et d'en augmenter le caractère insidieux".

Un déminage de plus en plus difficile : de nombreuses mines sont maintenant construites en plastique avec détonateur chimique, ce qui les rend indétectables. De plus, le déminage coûte cher car il exige une main-d'oeuvre importante et qualifiée parce que c'est une opération lente et dangereuse. Il faut aussi compter les dépenses d'encadrement, de formation, d'équipement, de communication, de soutien médical, d'évacuation des victimes et d'indemnisation.


Il devient urgent de mieux faire connaitre les effets pernicieux des mines antipersonnel et de les faire classer au même titre que les armes chimiques et biologiques afin de faire cesser le massacre des populations civiles, surtout lorsque les accidents se produisent après la fin d'un conflit.

Mais, comme toujours, l'Occident veut faire appliquer des mesures étendues incluant des contrôles sévères, et le reste du monde y voit, une fois de plus, l'expression d'une ingérence discriminative.

BIBLIOGRAPHIE: