UNE CRISE HUMAINE SUR TROIS NIVEAUX
Une population civile touchée aveuglément : hommes, femmes,
enfants, vieillards, tous sont des victimes potentielles des mines, celles-ci
étant souvent disséminées dans les terres cultivables,
près de points d'eau ou de voies de communication.
Des Nations encore trop fragiles : la plupart des pays concernés sont en
voie de développement et ont donc besoin de tout leur potentiel humain
et géographique. Or, ils se retrouvent avec une population
possédant un pourcentage énorme de mutilés. De plus, les
mines se trouvant parfois sur des terres arables, c'est autant de place perdue
pour la production, ce qui va jusqu'à la création de
véritable No Man's Land. Ainsi, les efforts de reconstruction et de
développement vont se retrouver entravés pour longtemps.
Un coût social dur à assumer : toutes les personnes blessées,
amputées, mutilées devront être prises en charge par la
communauté et être suivies tout au long de leur existence pour tout
ce qui concerne les prothèses, les efforts de réinsertion, la
formation professionnelle ou encore la lutte contre l'exclusion. Pour une
société déjà exsangue, cette charge peut
s'avérer trop lourde à assumer sans aide extérieure.
Malheureusement, cette aide n'est pas encore assez développée pour pouvoir contrôler toute prolifération de mines antipersonnel.
UNE LUTTE INTERNATIONALE ENCORE TRES LIMITEE
Des conventions inefficaces : il existe un protocole signé en 1980 sur
"l'interdiction ou la limitation de l'emploi des mines, pièges et autres
dispositifs". Quarante-et-un Etats l'ont ratifié mais les nombreuses
lacunes qui le composent le rendent inefficace. En effet, il ne
réglemente ni la production, ni le stockage, ni le transfert, ni
l'exportation de ces mines. Autant dire qu'il ne réglemente rien du
tout...
Entre humanisme et efficacité : au rang des producteurs de mines, on
trouve la Chine,l'Italie, l'es-URSS, les Etats-Unis mais aussi la France et le
Royaume-Uni, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui se battent
contre les conséquences terribles de ces mines. Entre logique
commerciale et principes humanitaires, la frontière n'est pas toujours
aussi radicale qu'on pourrait le croire !
Vers une conscience approfondie? Un fonds d'affectation spéciale pour
l'assistance en déminage a été créé le 30
novembre 1994 à l'initiative de Boutros-Ghali, fonds
destinés à déminer tout territoire après
conflit. De plus, les Etats-Unis ont prolongé leur moratoire sur
l'exportation et le transfert des mines à l'étranger. Le
Parlement européen a, lui aussi, incité ses Etats membres
à suivre cet exemple.
Mais, le plus inquiétant est que ces mines rivalisent en ingénuosité et en capacité de destruction. C'est un véritable défi technologique auquel doivent faire face les organismes de déminage qui n'ont pas toujours les moyens ou les connaissances indispensables pour affronter ces armes destructrices.
UN DEFI TECHNOLOGIQUE CONSTANT
"Lutter contre les mines, c'est lutter contre l'ingénuosité de
l'homme" : Il existe 340 types de mines antipersonnel, dont les modes de mise en oeuvre (posées, enfouies, dispersées) et les principes d'action
et d'activation sont très diversifiés. Il existe même, de
nos jours, des systèmes de minage à distance utilisant
l'éléctronique et l'intelligence artificielle. Mais les Nations
pauvres ne sont pas en reste: si leurs mines sont beaucoup plus rustiques, leur
savoir-faire traditionnel leur permet "d'en diversifier les emplois et d'en
augmenter le caractère insidieux".
Un déminage de plus en plus difficile : de nombreuses mines sont
maintenant construites en plastique avec détonateur chimique, ce qui les
rend indétectables. De plus, le déminage coûte cher car il
exige une main-d'oeuvre importante et qualifiée parce que c'est une
opération lente et dangereuse. Il faut aussi compter les dépenses
d'encadrement, de formation, d'équipement, de communication, de soutien
médical, d'évacuation des victimes et d'indemnisation.
Il devient urgent de mieux faire connaitre les effets pernicieux des mines antipersonnel et de les faire classer au même titre que les armes chimiques et biologiques afin de faire cesser le massacre des populations civiles, surtout lorsque les accidents se produisent après la fin d'un conflit.
Mais, comme toujours, l'Occident veut faire appliquer des mesures étendues incluant des contrôles sévères, et le reste du monde y voit, une fois de plus, l'expression d'une ingérence discriminative.
BIBLIOGRAPHIE: